, ,

Portrait Nicolas Jestin Bouygues TPLa filiale de travaux publics de Bouygues Construction s’est positionnée comme partenaire pour la construction du support du premier démonstrateur d’éolienne flottante en France. Une technologie innovante qui a remporté plusieurs récompenses, dont le Prix « Entreprises et Environnement »(1) à l’occasion de la COP21. À terme, cette technologie pourrait accélérer la part de l’éolien dans le mix énergétique français et mondial. Interview de Nicolas Jestin, responsable commercial pour Bouygues Travaux Publics.

 

Bouygues Travaux Publics collabore avec la startup Ideol sur un démonstrateur d’éolienne offshore flottante au large des côtes françaises, pourriez-vous nous en dire plus ?

Nicolas Jestin : « Bouygues Travaux Publics participe à la réalisation de la première éolienne offshore installée au large des côtes françaises, dans le cadre du projet multipartenaires Floatgen(2), et plus précisément sur la construction de l’embase flottante de l’éolienne.

Le projet consiste à installer un démonstrateur grandeur nature d’éolienne offshore flottante au large du Croisic en Loire-Atlantique, sur le site d’essais SEM-REV. Ce site de l’Ecole Centrale Nantes est dédié à l’expérimentation de systèmes de production d’énergies renouvelables marines. Il dispose des autorisations administratives et des systèmes à terre et en mer, notamment un câble de raccordement au réseau électrique.

La start-up Ideol est à l’origine de cette solution d’éolienne flottante. Ce projet est un bel exemple de coopération entre une start-up, un organisme de recherche (l’Ecole Centrale Nantes) et le grand groupe que nous sommes.

La technologie consiste à installer une turbine sur une base « flottante » ancrée comme un navire, et non pas posée sur le fond ou « fixe ». Cela donne la possibilité d’installer l’éolienne plus au large des côtes (la limite pour l’éolien posé étant aux alentours de 40 mètres de profondeur), créant ainsi moins de conflits d’usage de la mer, et permettant d’accéder à de meilleurs gisements de vents. Ce premier prototype confirmera la faisabilité technique et la viabilité économique du concept.

La phase de construction ayant démarré (elle a été formellement annoncée au cours des dernières Assises des Energies Marines à Biarritz début juin), l’éolienne, d’une capacité de production de 2 MW construite sur le port de Saint Nazaire, sera connectée au réseau en 2017. »

Le concept Ideol en mer (vue d’artiste)
Le concept Ideol en mer (vue d’artiste)

 

Techniquement, comment fonctionnent les éoliennes flottantes ?

N.J. : « Une éolienne se compose d’une turbine, d’une fondation et d’une connexion au réseau d’électricité. Elle peut être installée de deux façons en mer : sur une fondation ancrée dans le fond marin (fondation dite « posée »), ou sur une fondation flottante reliée au fond marin par des lignes d’ancrage afin de maintenir l’ensemble en position.

Dans le cas du projet Floatgen, la coque flottante que nous construisons est en béton et est maintenue en place par 6 lignes d’ancrage reliées au fond marin. Le concept technique repose sur le brevet Damping Pool® de notre partenaire Ideol, qui prévoit un flotteur en forme d’anneau carré : les mouvements de ballottement de l’eau dans la piscine centrale viennent stabiliser le flotteur et amortir ses mouvements. »

 

Quels sont les avantages de cette technologie (en termes de coûts et d’efficacité, de respect de l’environnement, d’avantages pour le client final…) ?

N.J. : « Au-delà de 35 à 40 mètres de profondeur d’eau, l’éolien posé n’est plus économiquement compétitif. L’éolien flottant est lui sans limite de profondeur et est envisageable dès une trentaine de mètres de profondeur. C’est pourquoi il permet de tirer profit d’un vent plus fort et plus constant au large, et donc d’exploiter les meilleurs gisements de vent afin de réduire le coût de production de l’énergie.

Par ailleurs, quand le risque de l’éolien classique est de saturer les espaces proches de la côte, l’éolien flottant, par son éloignement, réduit l’impact paysager et permet de mieux concilier les différents usages de la mer. Cet avantage permet de maximiser les zones d’implantation possibles, et d’améliorer l’acceptabilité des riverains.

Enfin, cette technologie permet un assemblage à quai de l’éolienne sur son flotteur avant remorquage. Cela évite de mobiliser en mer des navires coûteux car équipés de moyens de levage importants pour installer la tour et l’éolienne, qui pèsent plusieurs centaines de tonnes.

Les équipes de Bouygues Travaux Publics ont une expérience reconnue dans la fabrication de caissons en béton (avec des références comme le Port de Tanger, Monaco…). L’intérêt du béton est aussi la possibilité de produire localement, au plus près de sites d’installation finale.

En résumé, les points forts pour le client final sont donc l’accès à un meilleur gisement de vent, des coûts compétitifs grâce à l’industrialisation possible et la production locale génératrice d’emplois au niveau de la région ou du pays. »

L'assemblage à quai de l’éolienne sur son flotteur avant remorquage
L’assemblage à quai de l’éolienne sur son flotteur avant remorquage

 

Quel est le potentiel de l’éolien offshore flottant en France ? Y-a-t-il des implantations stratégiques ?

N.J. : « Le potentiel est élevé, puisque c’est en mer Méditerranée, et plus précisément dans le golfe du Lion, que se situe l’un des meilleurs gisements de vent d’Europe. Cette zone seule porte un potentiel de 6 000 MW (soit environ 1 200 éoliennes). Au travers de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie, l’État français s’est fixé l’objectif d’atteindre une capacité de production en énergies marines de 100 MW opérationnelle à l’horizon 2023, et beaucoup plus à terme. Dans ce cadre, Bouygues TP a répondu, avec plusieurs partenaires, à l’appel à projets « Eolflo »(3) : cinq sites en France y sont proposés, sur lesquels il s’agit de concevoir, installer et opérer  un ensemble d’éoliennes flottantes avec un système d’évacuation de l’électricité vers le réseau public.

« Eolflo »(3) est, de fait, une « rampe de lancement » de la filière éolien flottant, avec un soutien public à de premiers parcs préfigurant des fermes à plus grande échelle en France. Il permettra aussi aux industriels français de démontrer la commercialité de leurs technologies avant de les exporter. »

 

Quels sont les autres acteurs du marché en France et à l’international ? Y-a-t-il des réalisations emblématiques ?

N.J. : « Les technologies proposées pour les éoliennes flottantes sont dérivées de techniques utilisées dans l’industrie para-pétrolière. Les solutions de flotteur, essentiellement proposées en acier (différentes, donc, de notre solution) sont en effet assez proches des technologies utilisées par l’industrie pétrolière offshore.

Il existe aujourd’hui quatre démonstrateurs flottants « grandeur nature » actuellement en exploitation dans le monde, attestant de la faisabilité technique : un en Norvège, un au Portugal et deux au Japon. Différents concepts dont testés (plateforme semi-submersible, « crayon » flottant à la verticale, plateforme à lignes d’ancrages tendues…), l’enjeu sera de trouver quelle sera la technologie la plus compétitive. Le projet Floatgen sera le premier prototype en France, et le premier dont le flotteur sera réalisé en béton.

Bouygues Travaux Public entend bien se positionner sur ce marché à fort potentiel, créateur de valeur et générateur d’emplois. »

 

En savoir plus 

 

Découvrez le projet Floatgen en vidéo :

(1) Prix Entreprises et Environnement, dans la catégorie « Écoproduit pour le développement durable », mention « Lutte pour le changement climatique » remis par le Ministère de L’Ecologie, du Développement durable ainsi que l’Ademe.
(2) Baptisé Floatgen, le projet est organisé autour d’un consortium européen composé de 7 partenaires (Bouygues TP, Ideol, Ecole Centrale Nantes, Fraunhofer Institute, Université de Stuttgart…) et bénéficie du soutien de l’Union Européenne dans le cadre du programme FP7.
(3) Dans le cadre du programme « Démonstrateurs pour la Transition écologique et énergétique » des Investissements d’Avenir, EOLFLO est un programme de réalisation de fermes pilotes, lancé par l’État français en 2015, afin d’expérimenter le fonctionnement d’un parc d’éoliennes flottantes en conditions réelles d’exploitation avec un tarif de rachat d’électricité bonifié et un soutien à l’investissement.